PANIS ANGELICUS
[Hymne Sacris solemniis]
[Paris, Bibliothèque nationale de France, Rés. Vma ms 571, n° d.87]
Attribution
Ce motet est anonyme. Les attributions précédentes sont sans fondement (voir Dossier attributions).
Source
Anonyme, [sans titre], dans Recueil Deslauriers (n° d.87), partition, ms, 352 x 220 mm, f. 80v, F-Pn/ Rés Vma ms 571
(2e et 3e systèmes du f. 80v)
Notes sur la source
Le manuscrit présente deux incipits distincts : le premier à la partie de dessus (Sacris solemniis &c, sans suite) ; le second à celle de taille (Panis angelicus) se poursuit avec l’ensemble du texte du 6e verset.
Datation – Provenance
Aucun élément factuel ne permet de dater ce motet pour lequel aucune autre concordance n’a été établie.
Utilisation liturgique
Saint Sacrement.
Effectifs – Disposition – Interprétation
sol2,ut1,ut3,ut4,ut4,fa4
Ce motet est composé pour un chœur à six voix composé de deux parties pour les enfants, accompagnées par quatre pupitres de voix d’hommes : haute-contre, taille, basse-taille et basse.
Les deux incipits signalés précédemment indiquent peut-être deux possibilités d’interprétation de cette pièce. La plus naturelle est le chant du seul Panis angelicus pour un salut. Mais il n’est pas impossible que la présence de l’incipit Sacris solemnis invite aussi au chant de l’ensemble de l’hymne pour la fête du saint Sacrement. Dans ce cas, il est probable que les différentes strophes de cette hymne ont été chantées en alternant la polyphonie avec le plain chant. Voir l’Annexe ci-dessous, dans le ton du motet.
Notes sur le texte
6e strophe de l’hymne Sacris solemniis.
Texte
[Sacris solemniis juncta sint gaudia,
Et ex præcordiis sonent præconia ;
Recodant vetera, nova sint omnia,
Corda, voces, et opera.
Noctis recolitur cæna novissima,
Qua Christus creditur agnum et azyma
Dedisse fratribus, juxta legitima
Priscis indulta patribus.
Post agnum typicum, expletis epulis,
Corpus dominicum datum discipulis,
Sic totum omnibus, quod totum singulis,
Ejus fatemur manibus.
Dedit fragilibus corporis ferculum,
Dedit et tristibus sanginis poculum,
Dicens, accipite quod trado vasculum,
Omnes ex eo bibite.
Sic sacrificium istud instituit,
Cujus officium committi voluit
Solis presbyteris, quibus sic congruit
Ut fumant et dent cæteris.]
Panis angelicus fit panis hominum,
Dat panis cælicus figuris terminum ;
O res mirabilis, manducat Dominum
Pauper, servus, et humilis.
[Te trina Deitas, unaque poscimus,
Sic tu nos visitus, sicut te colimus,
Per tuas semitas duc nos quo tendimus,
Ad lucem quam inhabitat.]
Traduction
L’allégresse aujourd’huy doit estre solemnelle,
Poussons jusques au Ciel l’éloge du Seigneur ;
Vieil usage cessez, que tout se renouvelle,
Les œuvres, les chants, et le cœur.
Nous célébrons la nuit de la Céne derniére,
Où Jesus départit l’Agneau Paschal aux siens,
Donna le pain azyme, en la mesme maniére
Que le donnoient nos Anciens.
Ce Verbe du Tres-haut devant qui le Ciel tremble
En suite les repaist de son corps précieux,
Le donne tout entier à tous les Douze ensemble,
Et tout entier à chacun d’eux.
Aux foibles il départ une chair soûtenante,
Il rend aux affligez la joye avec son sang,
Prenez tous, leur dit-il, ce que je vous presente
Mangez, beuvez à vostre rang.
C’est ainsi qu’il ordonne un si grand sacrifice,
Il en commet le soin aux Prestres parmy nous,
Et dans leurs seules mains laisse en dépost l’office
De le prendre et donner à tous.
Ainsi le pain du Ciel devient le pain des hommes,
Il termine et remplit la Figure, et la Loy,
O banquet merveilleux ! esclaves que nous sommes,
Nous y mangeons nostre vray Roy.
Sainte Unité de Trois, écoute nos priéres,
Comme nous t’adorons daigne nous visiter,
Conduy-nous par ta voye au séjour des lumiéres
Que tu créas pour l’habiter.
(traduction : Pierre Corneille, L’Office de la Sainte Vierge traduit en françois, Paris, Robert Ballard, 1670, p. 456-459).
Annexe