Anonyme

NOUS PENSANS REPOSER

[Paris, Bibliothèque nationale de France, Rés. Vma ms 571, n° d.77]

Attribution

Cette chanson, considérée comme « remarquable » par Sébastien de Brossard (Catalogue, p. 352), est anonyme. Les attributions précédentes sont sans fondement (voir Dossier attributions). Les paroles sont de Jean Rousson (av. 1580 – 1630), curé de Chantenay dans la province du Maine et auteur de plusieurs ouvrages spirituels :

 

• Le jardin d’honneur de la Vierge Marie où se cueillent les fruits de la vie de J.-C. et de la sainte Vierge (La Flèche, 1619) ;

• Recueil des chansons spirituelles, avec les airs notés sur chacune d’icelles (La Flèche, 1621) ;

• Dialogue de trois vignerons du pays du Maine sur les misères de ce temps, les devoirs et la conduite des ecclésiastiques (s.l., 1624 ; publié sous le pseudonyme de Jean Sousnor, sieur de La Nichilière).

 

Source

Anonyme, [sans titre], dans Recueil Deslauriers (n° d.77), partition, ms, 352 x 220 mm, f. 71-74, FPn/ Rés Vma ms 571

(f. 71-73v en entier ; 1er et 2e systèmes du f. 74)

Source littéraire

Jean Rousson, « Super flumina Babilonis. Psalm. 137 [sic] », Recueil de chansons spirituelles, avec les airs nottez sur chacune d’icelles, La Flèche, Louys Hebert, 1621, , p. 77-79.

Datation – Provenance

Aucun élément factuel ne permet de dater cette chanson pour lequel aucune autre concordance musicale n’a été établie. Il est possible que la date de composition soit postérieure à l’édition des paroles par Rousson. De même, il est possible que ces paroles aient été mises en musique par un musicien du Maine où exerçait Rousson, ou par un compositeur concourant pour un Puy de musique (voir ci-dessous).

Effectifs – Disposition – Interprétation

sol2,ut2,ut3,ut4,fa3

sol2,ut2,ut3

Cet air spirituel est composé pour un ensemble à cinq parties : dessus, haute-contre, taille, basse-taille et basse. Pour la quatrième section, seuls chantent en trio les voix de dessus, haute-contre et taille.

Notes sur le texte

Les paroles de cet air spirituel, paraphrase du psaume 136, sont très légèrement remaniées par rapport à l’édition de Rousson (voir les variantes ci-dessous). Toutefois, on s’étonnera de la fin de cette œuvre réduisant l’effectif à trois voix seulement, alors même que le texte de Rousson comportait quatre strophes supplémentaires voir le texte ci-dessous). Dès lors, on peut se demander si l’effet est voulu sur des paroles pleines de douceur, ou si la copie de cette chanson n’est pas incomplète dans le manuscrit Deslauriers. La briéveté de la « Quatrième partie » donne quelque crédit à cette hypothèse. Par ailleurs, on remarquera la violence des dernières strophes qui a pu effrayer le copiste.

 

Sébastien de Brossard note à propos de cette œuvre : « Ps. Super flumina paraphrase en vers françois et mis en musique par un anonyme a 5. part. en contrepoint stricte, ce qui me paroît avoir esté composé pour quelque Pris &c.a. »

Texte

[PREMIÈRE PARTIE]

Nous pensans reposer au long d’un verd rivage, (a)

Et noyer nos ennuys dans un somm’ oublieux,

S’apparut de Sion la misérabl’ image,

Qui fit fendre nos cœurs, et fit fondre nos yeux.

 

De nos cœurs les sanglots si drus se soulevèrent, (b)

Que l’air se troubla tout au cry de nos douleurs,

De nos yeux si grands flotz de larmes descoulèrent,

Que l’Euphrate s’enfla des ruisseaux de nos pleurs.

 

Nos pauvres lutz muetz pendus à la ramée

Des saules pasle verd, rabatus des zéphirs, (c)

Lisans tant de tristesse en nos frontz (d) imprimée,

D’un langoureux murmure imitoient nos soupirs.

 

SECONDE PARTIE

Lors ceux qui conduisoient cette troupe captive,

Recherchans leurs plaisirs (e) en nostre affliction,

Nous pressoient de cesser cette clameur plaintive,

Et les hymnes chanter de la saincte Sion.

 

Entonnez, disoient-ils, ces chansons triomphantes,

Qu’on oioit en Sion retentir autrefois,

Quand Sion surmontoit les citez florissantes, (f)

D’autant qu’un pin sacré surpasse un jeune bois.

 

Hélas ! leurs dismes-nous, seroit-il bien possible,

Qu’il sortit des chansons de nos cœurs si serrez ?

Bannis hors de Sion nous seroit-il loisible

De prophaner (g) icy nos cantiques sacrez ?

 

TROISIÈME PARTIE

O Sion, si jamais tellement je t’oublie,

Que puissè-j’ aussy tost moy-mesme m’oublier,

Et mes doigts engourdis ne puissent de ma vie

Le doux chant de nos luths à ma voix alier. (h)

 

Ma langue à mon palais tienne toutte seichée,

Sans pouvoir désormais un seul mot prononcer,

Si jamais d’autre soin on la trouv’ empeschée,

Que de loüer ton nom, et partout l’annoncer.

 

QUATRIÈME PARTIE À 3

Tout plaisir pour jamais de mon ame s’estrange,

Si jamais en mon am’ il entr’ autre plaisir,

Que de Jérusalem célébrer la loüange :

Là commence et finit mon plus ardent désir.

 

[SUITE DES COUPLETS DE JEAN ROUSSON ABSENTS DE LA CHANSON]

[Mais las ! souvenez-vous, Seigneur de la lignée

D’Edom, qui pour voisins nous engendra des loups :

Seigneur, souvenez-vous de l’horrible journée

Qu’ils vomirent cruels, leur rage dessus nous.

 

Souvenez-vous de ceux dont la voix effroyable

 

Crioit pour s’animer, frappez et meurtrissez :

Sappez les fondemens, et que la ruine accable

Ceux que l’impétueux glaive a jà renservez.

 

O fière Babilon, ô cruelle Tygresse,

Tu auras à ton tour le mal qu’as mérité,

Heureux trois fois celuy, dont la main vengeresse

Te rendra les tourmens que tu nous as presté.

 

Heureux qui arrachant de ta sèche mamelle

 

Tes enfans nouveaux-nés, aux murs les froissera :

Et qui pour espancher par grumeaux leur cervelle,

Contre le roc sanglant leur teste escrasera.]

 

(a) Rousson : « à l’ombre du rivage ».

(b) Id. : « si dru se sousleverent ».

(c) Id. : « combattuz de zephirs ».

(d) Id. : « cœurs ».

(e) Id. : « Recerchans leur plaisir ».

(f) Id. : « fleurissantes ».

(g) Id. : « profaner ».

(h) Id. : « Mon luth infortuné à ma voix allier ».

Résumé

Compositeur

Titre

Nous pensans reposer

Effectif simplifié

Cinq parties avec une voix de dessus

Effectif détaillé

sol2,ut2,ut3,ut4,fa3
sol2,ut2,ut3

Source

Paris BnF (Mus.) : Rés. Vma ms 571, n° d.77.

Genre musical

air spirituel

Genres littéraire et liturgique

paraphrase

Identifiant

Lieu cité

Chantenay (province du Maine)