Anonyme

LAUDA SYON SALVATOREM

[Tours, Bibliothèque municipale, ms 168, n° t.63]

[Paris, Bibliothèque nationale de France, Rés. Vma ms 571, n° d.152]

Attribution

Ce faux-bourdon dialogué est anonyme. Les attributions précédentes sont sans fondement (voir Dossier attributions).

Sources

A.

Anonyme, [sans titre], dans Recueil de motets et chansons de Tours (n° t.63), partition, ms, 365 x 230 mm, f.  79v, F-TO : ms 168

(à la fin du 2e système du f. 79v)

 

B.

Anonyme, [sans titre, dans Recueil Deslauriers (n° d.152), partition, ms, 352 x 220 mm, f. 124, F-Pn : Rés Vma ms 571

(1er et 2e systèmes du f. 124)
les deux versets sont inversés.

Comparaison des sources

Ces deux sources témoignent d’un lien et peut-être d’une origine commune. Les variantes sont décrites dans le document Concordances ci-contre. Elles sont analysées dans le dossier de Peter Bennett. On notera le barrage différent des mesures et la sixte augmentée de la source B.

Datation – Provenance

Aucun élément factuel ne permet de dater ce faux-bourdon pour lequel aucune autre concordance n’a été établie.

Utilisation liturgique

Saint-Sacrement.

Effectifs – Disposition – Interprétation

sol2,ut3 // ut4,fa4

 

Le faux-bourdon en versets alternés est composé pour deux chœurs à deux parties sans accompagnement : 1° les tailles et les basses pour les versets impairs ; 2° les dessus chantés par les enfants de chœur et les hautes-contre pour les versets pairs.

 

Comme à l’ordinaire, les sources ne mentionnent que les deux premiers versets sur les 24 que comprend la prose. On pourra chanter les versets suivants avec le même principe d’alternance, en adaptant les rythmes des deux versets initiaux à la prosodie latine et à la longueur de chaque verset. Une proposition, notée en petits caractères, est faite dans l’édition moderne ; elle s’appuie pour la prosodie sur le plain chant publié dans le Graduale romano-monasticum (1658) de Guillaume-Gabriel Nivers (voir annexe, ci-dessous).

Notes sur le texte

Séquence de saint Thomas d’Aquin pour le jour de la Fête-Dieu.

Texte

Lauda Syon Salvatorem, lauda ducem et pastorem in hymnis et canticis.
Quantum potes, tantum aude, quia major omni laude, nec laudare sufficis.
[Laudis thema specialis, panis vivus et vitalis hodie proponitur.
Quem in sacræ mensa cœnæ, turbæ fratrum duodenæ datum non ambigitur.
Sit laus plena, sit sonora, sit jucunda, sit decora mentis jubilatio.
Dies enim solemnis agitur, in qua mensæ prima recolitur hujus institutio.
In hac mensa novi regis, novum Pascha novæ legis, phase vetus terminat.
Vetustatem novitas, umbram fugat veritas, noctem lux eliminat.
Quod in cœna Christus gessit, faciendum hoc expressit in sui memoriam.
Docti sacris institutis, panem vinum in salutis consecramus hostiam.
Dogma datur Christianis, quod in carnem transit panis, et vinum in sanguinem.
Quod non capis, quod non vides, animosa firmat fides, præter rerum ordinem.
Sub diversis speciebus, signis tantum et non rebus, latent res eximiæ.
Caro, cibus, sanguis, potus, manet tamen Christus totus sub uttaque specie.
A sumente non concisus, non confractus, non divisus, integer accipitur.
Sumit unus, sumunt mille, quantum isti, tantum ille, nec sumptus consumitur.
Sumunt boni, sumunt mali, sorte tamen inæquali, vitæ vel interitus.
Mors est malis, vita bonis : vide paris sumptinis quam sit dispar exitus.
Fracto demum Sacramento, ne vacilles, sed memento tantum esse sub fragmento, quantum toto tegitur.
Nulla rei sit scissura, signi tantum fit fractura, qua nec status nec statura signati minuitur.
Ecce panis angelorum, factus cibus viatorum, vere panis filiorum, non mittendus canibus.
In figuris præsignatur, cum Isaac immolatur : agnus Paschæ depurantur : datur manna patribus.
Bone pastor, panis vere, Jesu nostri miserere : tu nos pasce nos tuere, tu nos bona fac videre in terra viventium.
Tu qui cuncta scis et vales, qui nos pascis hic mortales : tuos ibi commensales, cohæredes et sodales fac sanctorem civium.
Amen. Alleluya.]

Traduction

Louë ô Sion ton Redempteur,
Ton Capitaine, et ton Pasteur,
Par des Hymnes et des Cantiques.

 

Ose donc autant que tu peux,
Il surpasse mesme tes vœux,
Et les noms les plus magnifiques.

 

Cet incomparable argument,
Ce Pain vivant, cet Aliment,
S’offre aujourd’huy pour tous nous autres.

 

Ce Pain que l’on ne doute pas,
Qu’on n’ait donné dans un repat
A la troupe des douze Apôtres.

 

Faites en vos remercimens,
Que vostre joye en ces momens,
Soit toute sainte et toute pleine.

 

Et qu’on celebre ce grand jour,
Où l’on voit par un beau retour
L’origine de cette Cene.

 

En ce Banquet du nouveau Roy,
Pasque de la nouvelle Loy
A la vieille Pasque effacée.

 

Le vieil cede à la nouveauté,
L’ombre cede à la verité,
La nuit par le jour est chassée.

 

Ce que fit Christ en ce repas,
Il voulut qu’apres son trépas ;
En sa memoire on le pût faire.

 

Apres un ordre si divin,
Nous consacrons et Pain, et Vin
En sacrifice salutaire.

 

Les Chrestiens tiennent pour certain,
Qu’en sa Chair se change le Pain,
Et qu’en son Sang le Vin se change.

 

Ce qu’on ne peut comprendre et voir,
Au delà du commun pouvoir,
A qui le croit n’est point étrange.

 

Sous ces dehors si differens,
Et sous ces signes apparens,
Sont choses de grande importance.

 

Sang, Breuvage, Chair, Aliment,
Pourtant Christ est entierement
Sous l’une et sous l’autre apparence.

 

De qui le prend n’estant brisé,
Ny déchiré, ny divisé,
Il entre entier au sein d’un homme.

 

L’un le peut prendre et mille aussi,
Autant celuy-là que ceux-cy,
Et pourtant sans qu’il se consomme.

 

Et prie des bons, et des méchans,
Sous ces deux sorts si differens
Et de la mort et de la vie.

 

C’est vie aux uns, aux autres mort,
Regarde donc le divers sort,
De qui mesme chose est suivie.

 

Voyant rompre ce Sacrement,
Sans hesiter croy fermement,
Qu’en contient autant la partie,
Qu’il en est sous toute l’Hostie.

 

Le réel n’est point divisé,
Le signe est seulement brisé,
Et Ce, dont il est la figure,
Demeure toujours en Nature.

 

Voicy des Anges le vray Pain,
Fait l’Aliment du genre humain
Des vrais enfans vrayment la Manne
Qu’on ne doit jetter au profane.

 

L’Escriture l’a revelé,
Sous un Isaac immolé,
L’Agneau Paschal en fut l’Image,
La Manne en fut le témoignage.

 

O Pain vrayment vivant, Pasteur qui n’est qu’amour,
Jesus nous t’en prions par tes douces entrailles,
Defen-nous, repay-nous, comme estant tes oüailles,
Et nous fay voir les biens qu’on rencontre en ta Cour.

 

Toy qui sçais toute chose, et peux ce que tu veux,
Qui nous simples mortels daigne icy nous repaître :
Daigne nous appeller à la table du Maistre,
Et nous y faire asseoir avec les Bien-heureux.

 

(traduction : Jean Magnon, historiographe de Sa Majesté, Les Heures du Chrestien, Paris, Louis Chamhoudry, 1654, p. 323-326.)

Annexe

 

 

Guillaume-Gabriel Nivers,
Graduale romano-monasticum… in usum et gratiam Monialium Ordinis S.P.N. Augustini,
Paris, Robert Ballard, 1658, p. 122-126

 

Résumé

Compositeur

Titre

Lauda Syon salvatorem

Effectif simplifié

Quatre parties avec une voix d'enfants

Effectif détaillé

sol2,ut3 // ut4,fa4

Source

Tours BM : ms 168, n° t.63
Paris BnF (Mus.) : Rés. Vma ms 571, n° d.152

Genre musical

motet

Genres littéraire et liturgique

prose

Identifiant

Utilisation liturgique

Saint-Sacrement