Guillaume Bouzignac

NOE PASTORES (GBc.06)

[Tours, Bibliothèque municipale, ms 168, n° t.62 et t.92]

[Paris, Bibliothèque nationale de France, Rés. Vma ms 571, n° d.156]

Attribution

Bien qu’anonyme dans la source A, ce motet est clairement attribué à Bouzignac dans la source B. On notera certains traits communs avec le motet Dum silentium (voir nos t.37, d.106) du même compositeur.

Sources

A.

Anonyme [Guillaume Bouzignac], [sans titre], dans Recueil de motets et chansons de Tours (n° t.62), partition, ms, 365 x 230 mm, f. 79-79v, F-TO : ms 168

(f. 79 en entier ; 1er système et début du 2e système du f. 79v.)
la première partie du motet seulement, mes. 1-36.

 

A’.

Anonyme [Guillaume Bouzignac], a 5, dans Recueil de motets et chansons de Tours (n° t.92), partition, ms, 365 x 230 mm, f. 116v-117v, F-TO : ms 168

(f. 116v, 117 et 117v en entier.)
f. 116v : « Voyez la premiere partie de ce motet / Noe noe pastores à la page [blanc]. »
la seconde partie du motet seulement, mes. 37-97.

 

B.

Guillaume Bouzignac, [sans titre], dans Recueil Deslauriers (n° d.156), partition, ms, 352 x 220 mm, f. 125v, F-Pn : Rés. Vma ms 571

(f. 125v en entier)
à la fin : « G. Bouzignac ».
la première du motet partie seulement, mes. 1-36.

Comparaison des sources

Ces deux sources témoignent d’un lien et peut-être d’une origine commune. Les variantes, parfois importantes (voir mes. 1, 16-17) sont décrites dans le document Concordances ci-contre. Elles sont analysées dans le dossier de Peter Bennett. On notera que la « Seconde partie », absente de la source B, fait l’objet d’un ajout en fin du recueil de Tours (source A’).

Datation – Provenance

Les nombreuses similitudes entre ce motet et le Dum silentium (nos t.37, d.106) composé également par Bouzignac vers 1622 permettent d’envisager une réécriture pour une autre fête religieuse, peut-être à la même période et pour le même lieu. On y trouve également la dédicace à Louis XIII.

Utilisation liturgique

Nativité.

Effectifs – Disposition – Interprétation

sol2,ut1,ut3,ut4,fa4

 

Le motet est composé pour un chœur à cinq parties. Les deux parties de dessus, chantées par les enfants de chœur, sont soutenues par trois pupitres de voix d’hommes : haute-contre, taille et basse.

 

La source B contient, aux mes. 16-17, une phrase inachevée pour les dessus de chœur qui ne chantent pas le rôle de Gabriel confié à un soliste. Cette phrase indique peut-être que, dans la matrice qui a servi à la copie des sources A et B, toutes les interventions du chœur de bergers étaient composées à cinq parties avec le reste des dessus. Si cette hypothèse s’avérait exacte, les copistes de ces deux sources ont interprété différemment la notation initiale. Dans l’édition moderne, une proposition a été ajoutée en petits caractères dans la version du Recueil Deslauriers, que l’on pourra chanter ainsi, ou adapter, ou supprimer.

Notes sur le texte

Le texte de cette histoire sacrée se présente sous la forme d’un centon dialogué, anonyme. Les paroles « Dum silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu iter haberet » sont tirées textuellement de la Genèse (iii, 1-2). L’introduction « Cantate Dominum canticum novum » provient du psaume 95. Quant à la formule « contraria contrariis curantur », elle est décrite comme un aphorisme d’Hippocrate. Le dialogue lui-même est dû à l’auteur du centon.

Texte

[PRIMA PARS]

(Chorus) « Noe, noe, noe. »
(Gabriel) « Pastores, cantate Domino… »
(Ch.)       « Noe, noe, noe. »
(G.)         « …canticum novum ! »
(Ch.)       « Dum silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu iter haberet (a). »
(G.)         « Gloria, gloria ! Gabriel ego sum. »
(Ch.)       « Quis est ? »
(G.)         « Gabriel ego sum. »
(Ch.)       « Quis est ? »
(G.)         « Annuntio (b) vobis... »
(Ch.)       « Quis est hoc ? »
(G.)         « ... gaudium magnum. »
(Ch.)       « Quale ? »
(G.)         « Natus est vobis, »
(Ch.)       « Quis ? »
(G.)         « Salvator, »
(Ch.)       « Ubi ? »
(G.)         « in Bethleem Judæ. »
(Ch.)       « Noe. Canticum novum. »

 

SECUNDA PARS

(Ch.)       « Gabriel ! »
(G.)         « Pastores, »
(Ch.)       « Gabriel ! »
(G.)         « ecce ego, »
(Ch.)       « Ubi est, Pan noster ? »
(G.)         « Dixi : in Bethleem. »
(Ch.)       « Ubi reclinat caput ? »
(G.)         « Sub fæno. »
(Ch.)       « Gabriel ! »
(G.)         « Pastores ! »
(Ch.)       « in palatio ? »
(G.)         « Non. »
(Ch.)       « O ! »
(G.)         « In stabulo. »
(Ch.)       « O bonitas ! »
(G.)         « O pietas ! »
(Ch.)       « Cur Deus factus homo ? »
(G.)         « Ut homo Deus fieret. »
(Ch.)       « Cur mortalis ? »
(G.)         « Ut vos immortales redderet. »
(Ch.)       « Cur humilis ? »
(G.)         « Ut vos elevaret. »
(Ch.)       Sic contraria contrariis curantur.
              Pro sole nascente, Noe triumphe.
              Pro aurora ejus, Noe triumphe.
              Et pro Ludovico nostro, Noe triumphe. »

 

(a) Deslauriers : « abiret ».
(b) id. : « annuncio ».

Traduction

[PREMIÈRE PARTIE]

(Chœur)  « Noé, noé, noé. »
(Gabriel)  « Bergers, chantez au Seigneur… »
(Ch.)        « Noé, noé, noé. »
(G.)          « …un cantique nouveau. »
(Ch.)        « Toute la nature était alors dans un profond silence,
               et la nuit était au milieu de sa course… »

(G.)          « Gloire, gloire ! je suis l’ange Gabriel. »
(Ch.)        « Qui est-ce ? »
(G.)          « Je suis l’ange Gabriel. »
(Ch.)        « Qui est-ce ? »
(G.)          « Je vous annonce... »
(Ch.)        « Qui est celui-là ? »
(G.)          « ... une grande joie. »
(Ch.)        « Laquelle ? »
(G.)          « Il est né pour vous, »
(Ch.)        « Qui ? »
(G.)          « Le Sauveur. »
(Ch.)        « Où ? »
(G.)          « À Bethléem en Judée. »
(Ch.)        « Noé. Un cantique nouveau. »

 

SECONDE PARTIE

(Ch.)        « Gabriel ! »
(G.)          « Bergers ! »
(Ch.)        « Gabriel ! »
(G.)          « Oui, c’est moi. »
(Ch.)        « Où est-il notre Pan ? »
(G.)          « Je vous l’ai dit : à Bethléem. »
(Ch.)        « Où repose-t-il sa tête ? »
(G.)          « Sur de la paille. »
(Ch.)        « Gabriel ! »
(G.)          « Bergers ! »
(Ch.)        « Dans un palais ? »
(G.)          « Non. »
(Ch.)        « Oh ! »
(G.)          « Dans une étable. »
(Ch.)        « Oh bonté ! »
(G.)          « Oh pitié ! »
(Ch.)        « Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? »
(G.)          « Afin que Dieu se fasse homme. »
(Ch.)        « Pourquoi s’est-il fait mortel ? »
(G.)          « Afin de vous rendre immortels ! »
(Ch.)        « Pourquoi si humble ? »
(G.)          « Pour que vous soyez élevés ! »
(Ch.)        « Ainsi par les contraires, on obtient les contraires.
               Pour le soleil naissant, Noé triomphe !
               Pour son aurore, Noé triomphe !
              Et pour notre roi Louis, Noé triomphe ! »

 

(traduction : Jean Duron)

 

Résumé

Titre

Bouzignac - Noe pastores [GBc.06]

Effectif simplifié

Cinq parties avec deux voix d'enfants

Effectif détaillé

sol2,ut1,ut3,ut4,fa4

Source

Tours BM : ms 168, n° t.62 et t.92
Paris BnF (Mus.) : Rés. Vma ms 571, n° d.156

Genre musical

motet

Genres littéraire et liturgique

centon dialogué
histoire sacrée

Identifiant

Utilisation liturgique

Nativité