Librement accessible, la publication en ligne des 344 pièces contenues dans le manuscrit musical 168 de la Bibliothèque municipale de Tours (désormais Tours-168) et dans le Recueil Deslauriers de la Bibliothèque nationale de France (département de la musique, Rés. Vma ms 571) est conçue comme une plateforme de recherche destinée à la fois aux chercheurs et aux musiciens intéressés par cette collection unique d’œuvres du début du XVIIe siècle français. Un outil participatif où chacun peut apporter sa contribution dans divers domaines de recherches, y compris celles sur l’interprétation historique de ces pièces : codicologie, attribution des textes et de leurs mises en musique, datation des œuvres, comparaison des sources, utilisation et localisation liturgique, latinité des paroles néo-latines, analyse musicale, conditions de création et d’interprétation, circulation de la musique entre les provinces du royaume, etc. Ces recherches donneront lieu à des dossiers publiés en ligne. Contact pour toute remarque ou proposition de collaboration.

À partir des notices techniques de chaque pièce ou à l’aide de différents indices, l’interface numérique permet de naviguer entre l’édition moderne de ces œuvres, leurs sources, les dossiers de chercheurs, une lecture mp3 des fichiers Sibelius et, pour certaines pièces, des interprétations chorales historiquement informées.

Les deux recueils manuscrits réunis ici (Tours-168 et Recueil Deslauriers) rassemblent les très rares vestiges manuscrits de la musique française polyphonique composée pour l’Église au XVIIe siècle. Principalement des motets pour la plupart anonymes, quelques messes (3 œuvres), chansons françaises (5) ou provençales (6). Les rares compositeurs nommés sont Guillaume Bouzignac (10 œuvres), Boesset (11), Étienne Moulinié (3), André Péchon (3), Henry Du Mont (1), Pierre Gaydon (2) – ce nom est toujours raturé –, Pierre Méliton (1), Giacomo Carissimi (1) et un certain Gaillard (1). Ils représentent à peine 9 % du total des pièces, une partie d’entre elles ayant très probablement été composées dans le Sud du royaume.

Depuis le début du XXe siècle et les travaux pionniers de Henri Quittard sur ces œuvres (voir le dossier Bibliographie), des propositions d’attribution des pièces anonymes ont été fort nombreuses, principalement à partir de considérations stylistiques hasardeuses (voir le Dossier Attributions). Ces deux recueils ont donné lieu, eux aussi, à plusieurs hypothèses quant à leur genèse et leurs fonctions, hypothèses qui méritent d’être discutées, évaluées et éventuellement contredites. C’est donc l’objet même de cette plateforme que d’ouvrir, dans un débat contradictoire, de nouvelles recherches sur ces manuscrits et les œuvres qu’ils contiennent.

La publication conjointe de ces deux précieux documents a été jugée indispensable pour plusieurs raisons. En tout premier lieu parce que 50 œuvres de Tours-168 – la moitié du manuscrit donc – se trouvent également dans le Recueil Deslauriers avec des variantes plus ou moins importantes (analysées par Peter Bennett). Ces variantes sont systématiquement détaillées dans un fichier pdf-concordances joint aux notices techniques, chaque source faisant aussi l’objet d’une édition moderne particulière. En second lieu parce que l’ordonnancement et la mise en page de ces œuvres à l’intérieur des deux manuscrits présentent des similitudes étonnantes suggérant que la copie de l’un s’est faite sur l’autre, ou du moins que les sections concernées des deux recueils ont été réalisées sur un même original aujourd’hui perdu.

La publication de l’ensemble des œuvres a été réalisée par étapes. La première série, disponible en septembre 2021, concerne le recueil Tours-168 en entier (voir la Table de Tours-168 qui permet l’accès aux œuvres) ainsi que les 50 concordances provenant du Recueil Deslauriers. La seconde série (voir la Table du Recueil Deslauriers) est ouverte au public en juin 2022 ; elle comprend les 170 premières œuvres de ce  manuscrit. La dernière série a été rendue publique en février 2024.

Portée par le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), cette édition numérique, critique et collaborative est dirigée par Jean Duron, qui a également établi l’ensemble des fiches techniques et l’édition de la musique et des paroles. La saisie des données a été réalisée par Catie Hurel sur le logiciel Sibelius. Une relecture systématique des partitions a été effectuée par Gérard Geay.

Pour la recherche, les premières collaborations publiques sont dues à Jean-Yves Hameline (†), Laurent Guillo, Peter Bennett, Jean-François Courouau et Jean Duron. La base OMEKA et le site web associé a été réalisé par Laurent Guillo en maître d’ouvrage et par Benjamin Cornu, Ségolène Cornec, Michaël Boulas et Romain Élineau (société Acatus).